20 – Le rap du blaireau

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Pfff… Je vais faire court, mais il a vraiment craint. Franchement, s’il n’aime pas le monde moderne, qu’il n’en dégoûte pas les autres. Est-ce que je lui fais de la peine moi, quand il se pâme sur des vieux chanteurs morts qui essuient le sol avec des Ne me quitte pas ou quand il retient une larme sur Que serais-je sans toi qui vint à ma rencontre ?

Ce que tu es mon petit papounet ? Je vais te dire, moi, ce que tu es ! Il n’y a pas besoin de primaires ou de faire du porte à porte ! Tu es et tu resteras… UN BLAIREAU ! Un réac. Un type largué par le mouvement.

Si dans les phrases toutes faites, il y a bien une de vraie, c’est bien qu’on ne choisit pas sa famille. Celle-là, je la signe des deux mains avec un os d’aile de corbeau trempé dans du jus de lapin mélangé avec mon sang. Ce con ! Une fois déjà, il nous a cassé notre jouet avec Snapchat, à croire qu’il adore détruire ce qui nous plaît ! L’histoire est simple : mon frère qui n’avait rien demandé à personne et n’empêchait pas pour autant le monde de tourner, se faisait dans son coin des selfies biodégradables quand il était aux toilettes, sous la douche, dans le canapé, en faisant des trognes bizarres avec et des texte drôles dessous. Mon père qui passait par là a fait le sournois, du genre Nan, c’est quoi ça.. Ah ouais d’accord… C’est juste pour comprendre…

Il a tellement embrumé mon frère à jouer le gentil qu’ils sont devenus « amis » ou je ne sais quoi et deux heures après, au moment de passer à table, alors qu’on traînait dans nos chambres, le smart de mon frère a fait son dring dring de Snapchat et à la place d’une photo de Sandy avec une mèche sur les yeux et des cœurs partout, il avait un plat de courgettes avec À Table ! marqué dessous.

Même moi, je l’ai rayé dans la foulée de ma liste d’amis sur FB. Déja qu’une nuit que je discutais avec une personne qui m’est chère, j’ai reçu un message où il me disait d’aller me coucher… Un vrai flic. La NSA a lui tout seul.

Là, pour ce que je veux vous raconter, on était dans la chambre de mon frère et il nous a vu devant un clip, je ne dirai pas lequel, qu’il a regardé d’un air de se salir rien qu’en posant les yeux dessus :

– Mais vous écoutez ce qu’il raconte au moins, le gars là ?

– Et alors ?

– Les strings. La piscine. Les liasses et le tas de blanche sur la table en marbre… Ils sont tous clonés ou quoi ? Ça fait quatre cents fois je vois la même villa. C’est de la merde son texte ! C’est de la various, c’est plus du rap. Le son derrière… Y’a même pas de flow ?!

– T’as qu’à le faire Pa. Monte ta chaîne. Hier, il était nulle part ce mec aujourd’hui, il a des millions de vues et toi tu pointes à Pole Emploi tous les 28.

Exactement ce qu’il ne fallait pas dire. Mon père a encaissé, il est parti et une heure après il était devant nous, chaud comme le fourneau, avec un futal en cuir que je lui avais jamais vu, le débardeur Unkut moulé sur ses vestiges, et un filet sur les cheveux comme Bodie dans The Wire. Il a posé une Go Pro sur l’étagère en face de lui, calée dans une pile de fringues et il a même pas fait de test :

– Vous êtes ready les quichons ? Je vais vous balancer du flow moi. Snoop Dog, à côté il va pouvoir fumer du tilleul.

Il s’est mis les doigts bien comme il faut devant la braguette et il est parti comme une balle :

– Ouaich cousin, ouaich mon frère, va sur mon site, ouaich caillera t’es un rebêêêllle… Achète ma sape !

Ouaich tepu ! Ouaich my way !

Ouaich je te kill pour une clope

Ouaich je te frappe pour des chips

Je suis un re-bel, j’ai un smartphone

Je fais des jeux de mots, je suis un gang s’taire

T’as pas compris ?… Va voir ta mère.

À fond le papaounet. En pliant bien sur les jambes pour faire le mouvement des épaules :

Ouaiiii….

J’veux ton sang, j’veux ton sang,

J’veux ton sang sur mes mains.

J’veux ton sang, j’veux ton sang

pour sentir couler le mien.

J’veux tes yeux, j’veux tes yeux

J’veux tes yeux dans ma main.

T’dire bonjour à coups de hache

faire des clash, faire du cash

Ouaich cousin !

Ouaich négro !

J’suis l’enfer sur ta terre,

Je suis la terre sur ta tombe

Je suis ta tombe dans le cimetière

Ouaicchhheeee…

Il disait vraiment n’imp ! Il manquait que la Ferrari et vingt fromages derrière lui à se dandiner en survêt. Le pire en plus c’est qu’il aime ça le rap. Les américains, c’est lui qui nous les a fait écouter. Lui, il continuait avec les gouttes de sueur. Interminable. Et après il est parti. Dix minutes après, on avait un post sur FB avec un lien et nos gueules d’ahuris, la mâchoire décrochée et lui qui a fait un carton en moins d’une heure. La plaie. Maintenant mes copines l’adorent encore un peu plus… Elles peuvent pas comprendre. Du coup, je l’ai mis aux enchères sur eBay…

 

 

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Auteur : monpereceblaireau

Il fait tout et n'importe quoi au prétexte d'éduquer son fils. Surtout n'importe quoi.

1 réflexion sur « 20 – Le rap du blaireau »

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