26 – L’effet Trump ou l’allégorie de la boulette de Pho avec des dents de requin

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Le blaireau milite ! Tâtonne. S’enthousiasme. S’énerve. Ferme la gueule de Cohen sur France Inter, rallume, commente, m’oblige à manger du fromage blanc avec des framboises broyées avant de partir au lycée et cherche son pied gauche du droit. Taubira ? Mélenchon ? Le darknet  ou le retrait du monde dans une ferme fortifiée du valais suisse avec une source privée, trois chemins de terre en visio surveillance et des armes de guerre ? Lui-même, peut-être, la main sur le cœur, après des primaires dans son salon avec deux potes et une bouteille de sky, pour sauver la France et la nature avec ?

Trump l’a regonflé à bloc. No pasaran dans son immeuble ! C’est un peu confus dans sa tête, mais je ne l’avais pas vu aussi surexcité depuis au moins trois jours. Les mots sortent plus vite que sa pensée, accompagnés de petits bouts de lardons fumés prémâchés. Années trente, fascisme, Erdogan, Cyrulnik, Hailé Sélassié, mort du PS, démocratie bourgeoise…

Mots magiques. Presque des incantations. Des concepts pour accompagner sa « liberté de penser » et la puissance de son cerveau puisqu’il les connaît un peu à force de les citer plus ou moins fidèlement après avoir déroulé à toute vitesse son fil d’actu FB. Liké, partagé, commenté, c’est pesé ! À donf, tout fractionné, en oubliant dans la seconde de comprendre la moitié de ce qu’il vient de lire avec le café Malongo dans l’italienne et son smart qui clignote.

Sacré papounet ! Une chose est sûre, il est vivant. Je ne comprends pas tout mais c’est marrant. Macron se fait détruire à coups d’insultes pour les Rothschild et la finance et croit que changer de cravate, c’est changer le monde. Valls, en Pierre Laval démocrate, est renvoyé au musée de la Résistance de Lyon avec la casquette de Pétain trop grande posée sur ses petits cheveux courts. Hollande c’est « Qui suis-je ? » alors que plus personne ne s’intéresse à la réponse et Kosciusko-Morizet balance des fions à la bande de kiwis qui l’entoure.

Après la pomme de Chirac, les frites de Sarko et Fillion qui fait le gentil – les deux « LL » en moins dans son nom pour faire subtil –, on attend la brioche Prisunic de Juppé et un Clovis sur les affiches de De Villiers. Même Lemaire se fout de la gueule de Copé avec ses petits pains au chocolat. Plus la rose bleue de la blonde et Wauquiez, étonnamment discret, qui patiente dans l’ombre plus que noire, pour émerger le moment venu à la surface dans cette soupe Pho comme une boulette bien dégueu qu’on va pourtant manger…

À quand la tranche de jambon pour remplacer Marianne ? À quand Sarko avec ses dents jaunes et sa lame de rasoir Gillette montée sur un bout de bâton comme l’abominable Anthracite dans les B.D. Chlorophylle de Macherot ? Sarko ? Et ben, Sarko… On l’emmerde ! Qu’il continue de se schnouffer les neurones en disant à Carla : « Chérie, cache les valises ! »

Je sais, le blaireau, il faut qu’il arrête les mandarines. Trump en dégât collatéral, je vous dis. Ça me l’a réveillé aussi sûrement qu’une douche froide avant la prochaine sieste. La vitamine C, ça le rend prolixe. Il cumule avec l’Acérola pour trouver la force de se lever et il ne devrait pas. Chômeur, ce n’est pas facile tous les jours quand il faut en plus payer la baraque et les impôts sur les revenus que tu n’as plus avec la part en moins de divorcé, bien fait pour ta gueule et quand on veut, on peut, Monsieur, il faut assumer.

Pendant ce temps là, nous on s’est mis aux biscottes de Lidl. Terminées les tranches de pain de mie toutes molles avec du Nut. Finies les pizzas au resto après le cinoche du vendredi. Du coup, j’ai séché. Je grandis et les filles me regardent. Moi, je dis, les adultes qu’ils se débrouillent encore un peu sans nous. J’écoute PNL, l’air de rien, pendant que mon père est passé à Bayrou. PNL, au moins, avec Ademo, je comprends ce qu’il me dit :

« J’ai trop l’seum depuis qu’j’suis né (…)

j’m’en bats les couilles, en vrai c’est ça la vérité (…)

Y’a qu’le diable qui m’laisse des pourboires (…)

Tu veux savoir, oui j’te baise pour un putain d’salaire (…)

Dis-moi t’étais où quand j’faisais la guerre ? (…)

J’veux pas d’leur compagnie (…)

J’veux pas d’cette vie banale

J’roule et j’les vois pas

J’cours après ma part… »

Je vais tout de même pas aller voter à quinze ans pour le même yaourt avec l’emballage qui change ? Je fais quoi moi ? Il veut quoi le blaireau ? Que je sorte la carabine du papy ? Déjà que j’ai pas de prof d’histoire depuis la rentrée…

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25 – Le monde ou rien

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Deux choses, ce matin : tout d’abord le blaireau est allé faire un tour sur FB. Dimanche, comme ça, à jeun, il aurait peut-être pas dû. Trump bien sûr, le fascisme parodique qui reste du fascisme, et tous les commentaires autour quand les gens en ont juste marre partout, mais aussi une enquête sur les essais nucléaires faits dans les années 60 par l’armée française sur des prisonniers algériens ligotés dans le Sahara pour servir de cobayes humains, puis une prolongation du sujet sur les expériences analogues menées par les chinois, les russes ou les américains sur leurs propres indigènes.

Vu que la veille on avait regardé un docu sur l’Arabie Saoudite et la politique de la France fermant les yeux sur les financements de Daech et consorts au prétexte de signer un jour des contrats à plus de plus 10 milliards, mon père il avait l’œil noir.

Surtout qu’il a aussi lu un papier sur les patrons français du CAC 40 touchant plus de 250 fois le smic et que ce con a enchaîné par les courses à Colruyt. Là, la paupérisation, il m’a dit en rentrant « elle te saute à la gueule ! » J’ai même pas eu le temps de regarder mes alertes sur le S6 qu’il enchaînait sur Bernie Sanders, la crise de la représentation démocratique, la mort du PS et l’histoire de l’Iran avec le coup d’état des américains et du MI6 contre Mossadegh en 53.

– Toute cette merde ! Même chose avec Enrico Mattei en 62 qui a explosé dans son avion parce qu’il refusait le monopole des compagnies américaines ! Tu imagines que…

C’est tout juste si j’ai réussi à fermer la porte des toilettes derrière moi et il a continué, comme un bruit de fond, pendant que je me suis mis PNL sur le smart avec les écouteurs.

Quand je suis ressorti dix minutes après, il était toujours là et il disait : Taubira… Mélenchon… Une vraie gauche… Libéralisme sauvage, fascisme, Erdogan, CETA, fumiers…

Je me suis senti plein de tendresse pour lui, dans mon slip, les yeux collés avec mon haleine de yak et je l’ai pris dans mes bras. On est resté comme ça à se faire un câlin, et je l’ai rassuré. Dans ma tête, j’avais le flow d’Ademo qui disait : « Tout pour les miens, ouais ouais ouais ouais ouais, ouais, ouais, ouais, ouais, le monde ou rien… ».

C’est sûr ce que ça doit être dur d’être adulte quand on sait qu’on laisse un monde de merde et qu’on regarde l’histoire passer sans finalement faire grand chose. Mais bon, on n’allait pas non plus faire sauter la banque là tout de suite sans avoir vider le pot de Nutella. Je me suis légèrement décollé du K-Way mouillé de mon blaireau qui n’avait même pas retiré ses chaussures et je lui ai murmuré dans l’oreille :

– Tu me ferais pas un petit jus d’orange mon papounet ?… Et t’inquiète pas, on va y arriver.