9 – Günter is coming

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Je sais, j’ai pas respecté le principe d’une livraison par semaine, mais bon, j’étais parti à Londres avec l’école et j’ai enchaîné avec mon stage de 3e, cinq jours à Paris. Du coup j’ai négocié une dispense avec mon père, comme des marchands de shit, à pinailler pour deux grammes. Pas souple le blaireau quand il tient à un truc. Si en plus il en fait une question de principe, c’est mort, il se fige en marbre et pour le faire changer d’avis, c’est comme de manœuvrer un porte-avions dans le canal de l’Ourcq.

On a passé du temps dans le 11e où il a un appart avec sa copine et j’allais tous les matins à Vincennes à l’Institut National du Sport avec les équipes de France Jeunes de basket ! Trop bien ! Mais bon, on était à peine rentré à la maison après cinq heures de route et une nuit de repos, qu’il m’a demandé ma copie. Question de principe tu parles ! Je crois plutôt qu’il y prend goût. Du coup, je lui ai fait un petit sujet sur la traversée en car ferry vers Calais, avec une description des vomis, puis j’ai enchaîné avec ma semaine chez Madame Smith et la visite des marchés aux puces. Pour le reste…

… pour le reste, je crois qu’il va bien falloir que je raconte la suite de ce qui s’est passé le soir du jour de l’an, quand il est parti en fuseau de Peter Pan faire son footing dans le bois. Le gars qui n’a pas d’amis ou alors dans les pages « Faune de France » de la Hulotte et qui était venu me chercher ma punition devant chez moi ! Á peine il avait disparu dans le noir, que mon frère descendait de sa chambre. Je sais pas pourquoi, mais ça sentait le festival. J’ai eu comme une alerte :

– C’était bien papa là, j’ai pas rêvé ? Il est parti courir c’est ça ?

Pas de doute. Le quinze tonnes en rouge fluo qui trottinait tout moulé dans le legging de Shrek, c’était bien lui.

– Dans vingt minutes, je l’appelle !

Ça, c’est le truc de mon frère. Dès que mon père part en petite foulée, il lui téléphone dans le quart d’heure. Un classique ! Mon père, au bout de deux, trois kilomètres, c’est mécanique, il doit… enfin il doit… il faut qu’il s’arrête quoi. On a suffisamment sillonné les bois avec lui pour le savoir. D’abord il parle moins. Puis il ralentit. Après, il jette des petits coups d’œil et il finit par dire : Oh ! c’est pas des champignons là-bas ? et il part en serrant les fesses se planquer derrière une souche.

Bref, on a fait son 07 et ça n’a pas raté. Je sais, je ne devrais pas raconter la suite. J’ai presque des remords. Il a beau être pénible, le papounet, je crois qu’il mérite pas ça… Le pauvre, à son âge, en tout schuss vers la cinquantaine, sec et pauvre comme un loup maigre… Il était bien comme on l’imaginait, à vingt mètres du chemin, la tirelire à l’air, libre comme Legolas et fier d’être un elfe au somment de sa gloire, en train de hum hum dans les bois. Sauf que Le Legolas, il était plutôt dans le pétrin. Et jusqu’au cou. De la fine pointe de ses pompes en peau de gazelle de felinor de rose jusqu’au bout des oreilles planquées dans la chevelure. Nous qui pensions qu’il abusait de la fraîcheur de l’hiver en écoutant les mille petits bruits de la faune sauvage en homme des bois romantique tutoyant les licornes, il se planquait en réalité, seul au monde et misérable, comme un Abaaoud mort de trouille traqué dans un fourré.

La civilisation l’avait rattrapé. Il venait tout juste de s’installer dans la position du sage indien, bien accroupi, qu’il a entendu comme un léger brouhaha. Une rumeur. Des bougies sur le chemin. Et d’un seul coup d’un seul, le décor n’était plus le même. Terminé la solitude ! Quatre cents traditionalistes modèles Ku Klux klan et vestes Barbour montaient à la chapelle à la queue leu leu en marmonnant des trucs ! Nom d’une merde ! La retraite aux flambeaux des allumés du coin ! Tous les crevards anti-tout de la région avec trois curés dans le peloton de tête, drapés dans les chasubles à bandes mauve, se tenant les mains, bien concentrés pour ne pas se marcher sur le bas du rideau et finir dans le fossé. Les bigotes en chaises roulantes venaient derrière comme à la parade en tenant des petits crucifix, poussées par les jeunes du club d’escrime alignés comme des jeeps. Derrière, c’étaient la relève, avec les fillettes récurées pour le mariage. Il y avait même le curé Mougin sur son quad à piles qui faisait des allers retours écologiquement responsable le long de la colonne en veillant sur le troupeau comme un bon gros maton. Mougin, c’est le catho branché du coin. Il a des grosses cuisses longues, il fait du skating avec élégance et chante dans la nature. Il est bio et va dans les bars. Il dit dans le journal que les musulmans sont ses amis. Les vieilles l’adorent. Les jeunes aussi. Il est tellement moderne qu’il les fait monter au ciel en pratiquant l’allégorie du cierge. J’ai pas tout compris, mais c’est mon père qui dit ça. Un jour, je comprendrai, mais je sais pas pourquoi, je suis pas pressé et il y a pas le feu au lac.

– Ouais, c’est qu’ils t’ont fait, c’est vraiment Legolas.

Les salauds, pas moyen de commencer la nouvelle année peinard. Mon père a reculé tout doucement, pour s’esquiver, un vrai renard, habile, une ombre, un indien, un véritable esprit échappant au lynchage des Mormons, il avait disparu, il était sauvé, il…

Son portable. Mon frère. Le timing parfait.

Et sa sonnerie, c’est pas la Flute enchantée. Terminé le repli du Cheyenne. On lui a mis le cri de Tarzan sur son smart ! Oioioiiooooo ! De liane en liane. Bien fort. Impossible de confondre avec la chute d’une feuille. Le curé Mougin a braqué le quad et il l’a pris en pleins phares ! Y’a une fille qui a hurlé :

– MAMAANNNN !!! LÀÀÀÀ Un rouge-gorge ! Il est ÉÉÉnnnOOOrmme !!

Tu m’étonnes ! Et toi, tu es quoi ? Une chenille ? Reprends ton abonnement pour Okapi et révise tes insectes. C’est juste mon père qui fait sa gym à minuit… Flexion, extension ! Mais oui, bien sûr, soir Msieurs Dames… Tous mes vœux… Merci mon père ! Fait pas chaud n’est-ce pas ! Oui, surtout les sacoches… Enfin, la santé d’abord hein ! À mes proches, je vais leur dire, comptez sur moi ! C’est ça… Vous êtes combien là ? Oh fils de pute ! Y’a tout le Vatican. Fallait que je tombe sur les pénitents de Saint Jacques ! C’est bon, là, je peux finir ma petite prière ? Et ton bâton là, le pèlerin de mes deux, tu le ranges où c’est pour touiller dans mes oracles ?

Le blaireau s’est trissé comme un gros sanglier des Ardennes en rasant tout sur son passage. Il s’est cassé la gueule une demie douzaine de fois, comme s’il était poursuivi par des morts vivants, avec son petit paquet tout chaud remballé dans l’urgence. Un héros ! Ce qu’il a réussi, jamais aucune bête ne l’aurait fait et il mériterait sa tête sur les timbres. Il serait la nouvelle idole des mamans divorcées qui font la queue au bureau de poste. De temps en temps, elles pourraient le lyncher en meute comme une poupée qu’on aime bien jeter par terre. En tous les cas, le lendemain, il retrouvait plus son portable. C’est comme ça qu’on a su. Il nous est tombé dessus à l’aube, la gueule comme bouffée par un tigre.

– Les gars, il faut me prêter l’un de vos smarts, il a fait une fois qu’il est parvenu à nous faire lever la paupière, je trouve plus le mien, faut que je le fasse sonner.

Le faire sonner ? Perdu ? Perdu quoi ? Oh, misère ! Hier ! Le footing dans les bois. C’est vrai qu’il n’avait pas décroché ! On s’était un peu demandé pourquoi, mais après tout, c’était le jour de l’an et on avait des soirées.

– Qu’est-ce qui se passe ? T’es passé dans une vitre ?

– Après. Je vous raconterai après. Mais là, on décolle.

Mon père, il est sympa mais nous, pas question de lâcher nos machines ! Pas fous ! Et on voulait comprendre. Faut dire qu’il avait une drôle de dégaine avec sa joue droite griffée, son sourcil mort et sa trogne de gueux.

– Ce que je vais vous raconter les gars, vous le gardez pour vous…

Impossible de l’arrêter. C’est comme s’il revivait un cauchemar sous hypnose. Mon frère, baissait les yeux. Il pleurait. C’était nerveux.

– Et tu rigoles ! Putain ! Si je tenais le con qui m’a appelé !!

Du coup, on l’a pas lâché d’un pouce. Le premier qui trouvait la machine effaçait l’historique. Pas besoin de se le dire, message reçu. Le jour à peine levé, on était dans les bois, alignés comme à la battue à composer son 07 tous les cinq mètres. Qu’est-ce qu’il l’aime son smart ! À nous tripler l’argent de poche si on retrouvait Sancho. Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça qu’il appelle son Samsung. Moi, j’ai négocié dans la seconde une remise de dette. Deux mois d’ardoise en moins ! Trop content ! Au bout d’un vingt minutes à se les geler dans la brume on avait kebab illimité chez Tekin, avec une sape Ünkut et un concert à Paris. C’était pas cher payé pour qu’on se taise. Faut savoir négocier et y’en avait marre ! Il arrivait même pas à retrouver l’endroit.

– Tu es sûr que t’as pas dormi dans un buisson du parc des Sports ?

Le papounet n’a pas eu le temps de répondre qu’on a eu la trouille de notre vie. Devant nous à vingt mètres, il y avait un marcheur blanc de Game of Thrones sur son cheval. Puis deux. Immobiles. Très droits. Leurs yeux sur nous. Un vent glacé dans les branches. Des glaçons dans nos coeurs. Mon frère, il a glissé comme une saucisse vide et y avait plus que la peau par terre. Je me suis chié dessus tandis que les poils du blaireau étaient partis à l’iroquoise, raides debout sur sa tête, et qu’il était en train de se demander ce que c’était que ce bois pourri et si ça allait se finir un jour ce gros merdier ! Il a ramassé une branche. Il s’est avancé. Mon père !! Face aux marcheurs blancs, comme ça, dans une forêt de sapins, eyes in eyes, sans se poser de question ! Son bras devant moi comme si j’allais bouger. Avec sa brindille. Pour nous protéger. Jon Snow. Je m’en souviendrai toute ma vie. Ça a beau être blaireau, c’est un blaireau qui les a bien accrochées. Là, j’ai compris qu’il se ferait découper debout plutôt que de nous laisser quoiqu’il y ait en face, tifosis, trolls des montagnes, ménagères en folie ou Wesens de Grimm. C’est beau l’amour ! Il s’est mis en ninja.

– Paooopppaaaa !!!!

Le plus maigre des marcheurs blancs s’est avancé. Il portait une sorte de vareuse cachée par une cape vert bouteille avec une casquette et des bottes noires. Mon père a fait de même. Il portait une sorte de veste en poil de laine trempée comme une éponge avec ses cheveux craspouilles et des baskets Emmaüs. Les deux se sont regardés. Puis le marcheur s’est tourné vers son collègue :

– Dis Günter… C’est pas le gars du sapin qu’on a verbalisé l’autre soir ?

– Mais, tu as raison Philippe ! Quelle surprise… Bonjour Monsieur. Qu’est ce que vous faites là ? Vous planquez les œufs de Pâques ?

L’O.N.F. ! Je peux vous garantir que mon père, il ne pouvait pas le savoir. S’il leur était tombé dessus en pensant cogner dans du fantôme horrible, on était bon pour enterrer du fonctionnaire en petits bouts. Les gardes ne savaient pas trop quoi faire, mais à mon avis, ils n’imaginaient même pas une seconde à quoi ils avaient échappé. On le dit pourtant, quand il y a des petits quelque part, il faut toujours faire attention aux parents. Ils devraient le savoir dans la forêt, eux qui passent leur temps à surveiller la reproduction des musaraignes et la migration des campagnols. Mon père, avec sa trogne de moujik fouetté par son maître, il n’était pas rassurant et c’est lui qui a parlé :

– Je cherche mon chien… ll s’est barré avec le carnet de chèques.

– C’est ça… Et vous vous êtes rasé avec une disqueuse. C’est quoi votre nom déjà ?

On a donné celui du nain géant dont. Par principe. Mon père allait rajouter quelque chose, mais on a jamais su ce que c’était. Ma faute. J’ai voulu ranger mon portable, mais j’avais tellement froid aux doigts que j’ai rappuyé sur le 07. On a entendu le cri de Tarzan super fort juste sous le cheval du garde et le bourrin a fait des claquettes comme s’il avait mis les sabots dans la prise. Même qu’il a henni plus fort que Johnny Weissmuller et que Günter a volé dans le décor. C’était pas la douane volante, mais il a disparu de son cheval aussi sûrement que s’il n’avait jamais été là. Sancho le Smart était par terre, à côté d’un tas de feuille pas très propre, bien caché sous de l’engrais naturel. Je me suis penché très vite et j’ai ramassé la machine. Les feuilles de papier à côté, avec des traces, c’était du A4. Une couleur que je connais bien. Même que le titre c’était celui de ma punition qu’il était venu chercher la veille avant de partir en petite foulée, très digne, comme s’il allait traverser la France entière. Le salaud ! Il s’était hum hum avec mon texte. Ma prose. Ma punition ! Mon œuvre…

Mon frère m’a vu en état de choc et m’a arraché le téléphone. Il est parti en courant effacer la mémoire. Mon père a fait demi-tour et on s’est barré de ce bois trop chelou. J’ai suivi avant qu’on ne tombe sur E.T. et son doigt tout maigre ou que l’on croise Gargamel, madame Potiron toute nue ou je ne sais qui en train de repeindre les arbres en mauve. Moi, ce que je garde, c’est… c’est que mon père s’est hum hum avec enfin quoi… des heures d’effort ! Le salaud ! C’est dur d’être écrivain !

8 – Mon nouvel ami

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Normalement, les blaireaux ça hiberne. Ben, le mien hiberne rien du tout. Au contraire ! J’en ai vraiment touché un de spécial. Hyper actif. Footing à 23 heures. Insomniaque, croché dans un James Lee Burke qu’il adore ou devant une série avec des pistaches pour dire ensuite que c’était de la merde. Levé à cinq. Même les rayures de son pyjama bougent quand il dort. Surtout depuis qu’il s’est ouvert un compte sur Facebook. Soi-disant, pour comprendre comment ça marche !

Depuis, il nous pose sans arrêt des questions sur la gestion des paramètres, il explose son compteur d’amis en invitant tous ceux qui ont le même prénom que lui, il nous fait suivre des vidéos postées par des mecs allumés avec des Godzilla qui planent, des clips de Bollywood atroces ou des cartes pédagogiques de France, en gros des trucs qu’on voit jamais sur nos fils, il signe des pétitions et s’énerve tout seul en envoyant des déclarations de guerre enflammées en forme de vœux dont personne n’a rien à carrer. Après, il attend les notifications avec angoisse pour être sûr qu’il est bien les deux pieds dans le Grand Mouvement et il râle ou s’émerveille. Même que maintenant, il m’engueule quand je réponds pas au prétexte que c’est mal poli là où, il y a pas deux semaines, j’avais des morales de vingt minutes dès que je posais une question à Titouan pour un DM d’histoire via FB. Les écrans par ci, les écrans par là, et c’est pas bien, c’est chronophage et pas quand on passe à table et jamais après 21 heures… Le casse-couilles ! Il oublie que les enfants n’écoutent pas, ils regardent et font pareil. Il oublie qu’il a le smart greffé dans la main droite avec la mémoire saturée par les photos et les applis.

Et là, il faut le dire, je suis gentil. Je suis même clément. Je pratique la compassion. Je protège la dignité familiale. Je mets pas mon nom de famille, ni le lien avec les cinquante façons de péter qu’il nous a envoyé au prétexte de nous dire ensuite qu’on venait de passer cinq minutes de notre vie à regarder des prouts et que c’était ça Facebook. D’accord, je suis aussi en communication avec soixante-quinze autres potes, je fais le joli cœur et je participe à quatre groupes privés. Ok, on papote, on se disperse, on organise les anniversaires, les soirées, les après-midis de basket au terrain et j’ai toujours le site de l’Équipe ouvert pour les infos en temps réel. Oui, je suis sur les sites de sape, j’écoute du rap sur Youtube et je ne vais pas que sur le portail du collège pour vérifier les horaires de l’UNSS, mais je lis aussi des articles quand ça m’intéresse, je me balade sur Mediapart et il n’avait qu’à pas m’offrir un portable. Ce n’est pas parce qu’il se faisait chier dans sa jeunesse avec des Jules Verne et les Six compagnons ou qu’il passait des heures sur sa fenêtre à regarder l’horizon ou à chasser des rats avec une fourchette et ses grosses lunettes MGEN qu’il doit nous pourrir.

Ce qu’il ne sait pas c’est qu’au premier « T’as fait tes maths ? » reçu sur ma messagerie privé, je l’ai bloqué direct. Surtout après qu’il ait mis tous mes potes en copie pour leur demander si j’avais pas laissé ma carte de cantine chez eux.

– T’as qu’à te bouger. Ça fait une semaine que je te demande où elle est.

La honte. Là, j’ai eu comme un souvenir. Mais oui ! Ma poche de K-Way ! C’est fou, des fois comment ça marche. C’est fou aussi comment ça peut être chiant un adulte qui s’intéresse à ce qu’on fait. L’autre jour, il s’est téléchargé Snapchat et dans la foulée mon frère avait une photo de son assiette avec « On mange ! » en commentaire. C’était pas du selfie de copines avec Retrica. Là aussi, barré dans la seconde le papounet branchouille. Le pauvre. Avec des représailles en ligne de mire. Mon frère a trouvé le truc. Dès qu’il voit mon père partir en footing, il l’appelle dix minutes après. C’est le temps qu’il lui faut pour sa petite envie qui vient toujours dès qu’il se met à trottiner. Ça ne rate jamais. Il s’accroupit derrière un arbre ? Hop, il y a le téléphone qui sonne. C’est le problème des vieux sportifs, ils ont le système fragile. Un petit café, des secousses rythmées et y a le bidon qui gargouille. Panique à Fontainebleau. C’est un peu ce qui s’est passé l’autre soir quand il est parti comme une luciole faire son footing de la Saint-Sylvestre. J’étais pas le seul à l’avoir vu s’enfoncer dans la nuit dans son fuseau de danseur étoile nourri par les rillettes. Mon frère était dans sa chambre et il lui gardait un chien de sa chienne  rapport à une photo de sa tête en gros plan, écrasé sur l’oreiller avec un petit filet de bave et les cheveux gras envoyé à tous ses amis. La raison ? Mon père en avait marre de lui expliquer qu’il fallait qu’il se déconnecte quand il quittait sa chambre. Et il n’aime pas répéter.

Vu qu’il ne lâche rien non plus, il passe son temps à ça. D’ici, à ce qu’il trouve mon blog, je suis mal. Déjà qu’on s’attend à ce qu’il se balade en ville en trottinette, en débardeur blanc moulant, avec le casque de David Guetta sur les oreilles… C’est gros comme un immeuble, il va le faire. Le problème du ridicule avec lui, c’est qu’il est immunisé. Il a pas de limites. Ça fait peur. Bon, il faut que je lui réponde, il me traque sur sms. C’est vraiment une plaie !